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Natasha, co-gérante de Supertramps, visites guidées par des sans-abris

Natasha a rejoint l’équipe de Supertramps depuis peu. Elle et sa collègue organisent des visites guidées par des sans-abris, ou des anciens sans-abris. C’est une véritable opportunité pour les visiteurs de découvrir la ville sous un autre aspect. Et pour les guides, c’est un moyen de sortir la tête de l’eau et de recommencer une ‘nouvelle vie’.

Redonner un sens à son travail

Natasha a fait un parcours classique : des études de marketing, un travail plutôt bien payé dans un institut de recherche, et une carrière toute tracée. Mais durant son temps libre, elle a toujours eu ce besoin viscéral de s’impliquer dans des projets associatifs, qu’ils soient sociaux ou environnementaux. Elle a beaucoup appris au cours de ses différentes missions. Pourtant, son travail et ses activités bénévoles étaient radicalement opposés. Elle a décidé de suivre de nouvelles études : ‘Gestion des ressources et de l’Environnement’ à l’université BOKU de Vienne.

« Le jour où l’entreprise pour laquelle je travaillais a fermé, c’était très clair vers quoi je voulais me réorienter pour ouvrir un nouveau chapitre de ma vie ». C’est vraiment par hasard qu’elle découvrit l’existence de Supertramps qui cherchait un responsable marketing, et il était évident qu’elle voulait travailler pour cette association. Elle est donc devenue responsable marketing, ventes et programmation des visites, mais aussi du service clientèle, coopération avec les différents partenaires… Un travail complet qui lui permet de « travailler non seulement pour les gens, mais avec les gens ».

Supertramps, une émancipation sociale.

Supertramps a été fondé en 2015 par la fondation Katharina Turnauer. L’activité principale est d’organiser des visites thématique de Vienne avec des guides qui sont ou ont été sans-abris.

La mission principale de Supertramp est l’auto-responsabilisation des guides. « Les visites sont pour eux plus qu’un complément de revenu. C’est un moyen de passer de quelqu’un qui est ‘dans le besoin’, à quelqu’un qui peut s’exprimer, qui peut être écouté et regardé, ce sont des personnes expertes dans leur domaine. Pour beaucoup d’entre eux, c’est la première fois après plusieurs années qu’ils sont réellement mis en valeur. Nous voulons vraiment mettre en avant leurs qualités, leur personnalités et leur connaissances qui ont été trop longtemps ignorées ». Supertramps est fière d’être un tremplin pour certain des guides de l’équipe, afin de s’intégrer à nouveau dans la société et ainsi de reconstruire une nouvelle vie. Dès lors, ces guides retrouvent leur indépendance, leur confiance en soi, leur estime de soi, et peuvent à nouveau être maître de leurs propres choix.

La seconde mission de Supertramps, est évidemment de découdre les préjugés sur les sans-abris, et de lutter contre les clichés que la société renvoie envers ces personnes dans le besoin.

« Malheureusement, les sans-abris sont souvent vus comme des gens qui ont raté leur vie, alors que cela peut arriver à n’importe qui, n’importe quand, et très souvent beaucoup plus rapidement qu’on ne le pense ».

Comment sont organisés les visites ? Elles sont construites en fonction des guides et de leurs expériences personnelles. En effet, derrière chaque sans-abris se cache une histoire différente. Il y a une multitude de façon de vivre dans la rue. Chaque visite a son guide, et chaque guide choisi les sujets qu’il veut aborder, et surtout les sujets qu’il est prêt à partager. Car ce n’est pas chose facile ! Parler en public devant des étrangers à propos de sa vie personnelle, et en particulier d’une période difficile, n’est pas à la porté de tous ou toutes. Il/elle vous transporte dans des endroits qui leur sont chers, comme des parcs, des rues, des banques, des centre-commerciaux, des centres sociaux, ou des associations caritatives. L’équipe de Supertramps est là pour accompagner le guide dans la façon de raconter leur propre histoire, mais globalement, c’est le guide lui même qui définie son parcours.

Ferdinand, ancien ouvrier dans l’armée, ancien sans abris, aujourd’hui guide touristique ‘Vienne, mon espoir inattendu’.

Ferdinand, 54 ans, a suivi des études techniques et a intégré une entreprise allemande de construction d’engins militaires à Vienne. En 2006 son père étant tombé gravement malade, il a équipé l’immeuble dans lequel son père vivait d’un ascenseur et d’autres équipements très coûteux. Malheureusement, son père est décédé et la sécurité sociale ne lui a pas remboursé toutes ses dépenses. Entre-temps, son usine a relocalisé sa production en Allemagne, et peu de temps après son frère, sa compagne et leurs enfants périrent dans un accident de voiture. Ferdinand, se retrouva ainsi seul, plongea dans une sombre dépression et cessa tout contact avec le monde extérieur. Ce qui lui valu d’être expulsé de son logement sans savoir où aller et fini dans la rue.

« Personne ne t’apprend à survivre dans la rue ».

‘Heureusement’, la ville de Vienne accorde beaucoup de moyens pour les sans-abris en mettant à disposition des abris de jours et de nuit, de la nourriture et des services médicaux. De plus, il existe de nombreuses associations, des structures privées, des agents sociaux ou des œuvres caritatives qui apportent également énormément de soutients aux sans-abris. « A Vienne, il est impossible de mourir de froid ou de faim dans la rue ». Mais une fois que les besoins vitaux sont remplis (abris, nourriture, soins) que faire ensuite ?

C’est en 2016 en aidant l’organisation Samaritaine (assistance sociale, de secours et de santé) que Ferdinand a intégré l’équipe de guides de Supertramps et a pu voir le bout du tunnel. Depuis, il a appris l’anglais pour proposer des visites aux anglophones. Son rêve est de publier un livre sur une de ses grandes passions : les avions.

L’association Supertramps contribue ainsi à « l’après », à la reconstruction de leur vie. Avoir un nouveau chez-soi, un travail et un tissu social sont autant de besoins humain que les premières nécessités. « N’importe qui peut devenir un sans-abris, il suffit d’une combinaison de malchance, et personne ne vous prépare à ça ».

Un nouveau regard sur le quartier et sur la vie

Les participants aux visites guidées, qui sont en majorité des étudiants (11-18 ans), des locaux qui souhaitent redécouvrir leur quartier différemment ou des touristes avides de découvrir la ville hors des sentiers battus, ressortent avec un ressentis bien spécial. Évidemment, ils voient la ville sous un nouveau jour, ils découvrent une nouvelle facette de leur quartier, ils comprennent mieux le fonctionnement des structures sociales… mais au-delà de tout ça, ils en ressortent plus avertis. Ils voient leur vie sous un nouvel angle, et redécouvrent les plaisirs quotidiens auxquels on ne prête plus attention. C’est aussi une prise de conscience puisqu’ils réalisent que n’importe qui peut devenir sans-abris du jour au lendemain.

Pour en savoir plus sur Supertramps : Supertramps.at

2019-06-25T19:42:58+00:00 26 juin 2019|Autriche, Economie durable, Social|